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Les prothèses sentimentales au Japon

54-804384_1_LRGLa revue d’anthropologie Cultures-Kairos consacre son numéro 10 au thème des prothèses, un numéro auquel je participe avec une reflexion sur tous ces objets bizarres qui, au Japon, remplissent le rôle de fausses mains. Cela va des mains en silicone qu’on peut coller sur son iPhone (pour serrer une main de femme pendant un appel) et des gants de latex « à la peau blanche » (pour se masturber en ayant l’impression d’être masturbé par une beauté manucurée), jusqu’aux gadgets électroniques qui synchronisent une main articulée avec une vidéo en 3D… La love doll fait partie de ce continuum d’objets qui remplissent le rôle de prothèses sentimentales. L’occasion de remettre en cause la notion habituelle de prothèse comme « outil pour pallier un manque ».

Je défends une thèse contraire, en m’appuyant sur les travaux développés par Henri-Jacques Stiker, Tom Shakespeare, Myriam Winance ou Nicholas Watson (Disability Studies) pour qui le « handicap » n’existe que dans le cadre de sociétés qui accordent la priorité aux notions de performance et de productivité. De la même manière, les love dolls ne pouvaient naître que dans le cadre d’une société qui valorise la famille comme unité reproductive. A ce sujet, le Huffington Post Japan vient tout juste de publier  un article sur l’opposition au mariage pour tous : les arguments des opposants sont que si les homosexuel-les avaient droit au mariage, ils n’auraient que « la meilleure part » (tsumami-gui, つまみ食い) sans les ennuis qui vont avec (les enfants). En clair : le mariage doit rester le lieu du devoir (la reproduction). Etant donné qu’il existe déjà, et depuis longtemps au Japon, des moyens juridiques de faire couple avec une personne de même sexe, les revendications des associations LGBT japonaises semblent absurdes. Qu’elles le soient ou pas, il est en tout cas révélateur que les positions sur le mariage soient si définitives : on se marie pour se reproduire (se reproduire sans l’aide d’une tierce personne s’entend). Point barre.

Mon article s’intitule : « La love doll au Japon : une prothèse de couple pour célibataire ? » et présente la love doll comme « pivot d’une mise en scène de soi qui permet de performer le bonheur raté d’être à deux » (ainsi que le formulent magnifiquement Axel Guïoux et Evelyne Lasserre, coordinateurs du numéro « Les horizons prothétiques prochains et lointains: vers quels degrés d’incorporation pour quelles définitions de l’humain? »

Si vous consultez le site depuis l’étranger, mettez en place un VPN. Je crois que c’est la seule façon d’avoir accès aux articles de la MSH.

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心臓が飛び出るくらいリアル!(Shinzô ga tobideru kurai riaru)
Elle paraît si réelle que cela fait un coup au coeur.
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忘れかけていた女性のぬくもりを思い出させてくれそう (Wasurekakete ita josei no nukumori o omoide sasete kuresô)
Elle réveille le souvenir de la chaleur d’une femme oubliée
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着信が着たら手を握って (Chakushin ga kitara te o nigitte)
Quand vous recevez un appel, prenez la main.
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スマホをいじる時は恋人つなぎ (Sumaho o ijiru toki wa koibito-tsunagi)
Le moment où vous touchez le smartphone, c’est celui où les amoureux entrelacent leurs doigts
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独りぼっちの時はスリスリして (Hitori-bocchi no toki wa suri-suri shite)
Quand la solitude vous envahit, vous la caressez

Qu’est-ce que l’amour au Palais de la découverte

de l'amour-2L’amour : est-ce un sentiment conditionné par des afflux d’hormones ? Ou est-ce une activité que l’on mène en suivant un scénario ? Le Palais de la Découverte consacre une exposition ludique et interactive à la mécanique de l’amour. Il s’agit (dixit Bruno Maquart, président d’Universcience) de « questionner ce mystérieux sentiment, en convoquant des travaux scientifiques contemporains en biologie, neurosciences, psychologie, sociologie, anthropologie et des expressions artistiques« .

Membre du Conseil Scientifique de l’exposition – aux côtés des sociologues Philippe Combessie (Sophiapol) et Marie Bergström (INED) –, j’ai défendu un certain point de vue sur l’amour, celui qui prévaut dans nos disciplines : que l’amour est le résultat d’un apprentissage. Que c’est une succession d’actes culturellement implémentés en normes. A cette analyse, j’ai rajouté ma ligne de reflexion en abordant (dans une vidéo qui apparaît dans l’exposition) la question de « l’amour pour des créatures fictives ». Au Japon, par exemple, pourquoi existe-t-il des jeux de simulation amoureuse ? Pourquoi ces jeux ont-ils tant de succès en France ?

De L’amour, du 8 octobre 2019 au 30 août 2020. Palais de la découverte

Les machines pour créer l’amour (revue Hermès n°84)

Le numéro 84 de la revue Hermès (publiée aux éditions CNRS) vient de sortir sur le thème «Les Incommunications» , coordonné par Franck Renucci & Thierry Paquot. J’y participe avec un article consacré aux robots de chasse à l’époux-se (konkatsu robotto) et aux logiciels pour créer l’amour.
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12765_hermes_84Résumé de l’article. En Occident, il est mal vu d’utiliser des outils numériques pour entamer une relation amoureuse. Les rencontres en ligne, par exemple, ne sont pas perçues comme quelque chose de très romantique. Quant aux rencontres assistées par ordinateur, elles sont fortement associées à l’image d’un écran qui, comme son nom l’indique, fait écran, c’est-à-dire oblitère l’individu. De façon très révélatrice, au Japon, c’est justement pour cette raison que les machines sont considérées comme d’excellents moyens de faire une rencontre : elles garantissent une forme d’impunité. Cela peut sembler étrange bien sûr, dans la mesure où l’on pense nécessaire que des individus mettent en avant leur personnalité pour séduire. Dans l’Occident contemporain, en tout cas, l’apparition du sentiment amoureux est conditionné par ce que Michel Bozon nomme « la remise de soi », c’est-à-dire le fait de confier à l’autre des choses très intimes : un secret, tout d’abord, puis, si l’autre répond positivement, toutes sortes d’informations privées ou d’objets personnels… Le script amoureux occidental repose sur le dévoilement du « vrai » moi.
Il semblerait qu’au Japon, le script ne soit pas le même et qu’on puisse initier une relation amoureuse sur d’autres bases, à l’aide d’outils destinés à se rendre anonyme.
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Giard, Agnès « Affects électroniques au Japon. Les systèmes de rencontre par machines interposées », in:  Hermès n°84 , coordonné par Franck Renucci & Thierry Paquot (ed.) «Les Incommunications», Paris, CNRS, 26 sept. 2019.

Des hommes (femmes) se mettront en couple avec un robot ?

Le Vif, principal hebdomadaire d’information de la Belgique francophone, me consacre trois pages d’interview dans le numéro 35 (sorti le 29 août 2019), sous un titre un peu fracassant. J’essaye de tempérer l’enthousiasme (?), cependant, en insistant sur le fait que ces hommes-femmes qui se mettront en couple seront probablement :
1. rares, très rares.
2. poussés par le désir d’envoyer un message fort à leurs proches (en particulier) et à la société (en général).
Ainsi qu’il ressort des recherches jusqu’ici menées sur le terrain des poupées et des interfaces, l’acte de « vivre avec » un personnage fictif témoigne à la fois des immenses ressources d’imagination dont font preuve certaines personnes et de leur besoin tout aussi immense de manifester un sentiment de désajustement par rapport aux normes.
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7 septembre : Futures of Love

Sous prétexte qu’un démineur aurait développé un « syndrome de stress post-traumatique » après avoir perdu son robot de déminage, certains psychologues (pas tous, loin de là) tirent la sonnette d’alarme. Ils affirment aussi volontiers que des ouvriers peuvent devenir dépressifs lorsqu’ils doivent se séparer de la machine avec laquelle ils travaillent. Ce discours est volontiers repris par des chercheurs en robotique qui estiment dangereux de développer des machines induisant l’humain à s’y attacher. C’était le thème du débat ce samedi 7 septembre 2019, auquel je participais avec Véronique Aubergé (Laboratoire d’Informatique de Grenoble) et Gregory Dorcel (directeur général de Dorcel et créateur de l’incubateur de startups Dorcel Lab).

Le débat avait lieu dans le cadre d’un colloque sur deux jours, en parallèle de l’exposition très riche, très belle, intitulée Futures of Love, montée par Anna Labouze. On peut notamment voir dans cette exposition des photomontages inédits de Molinier (venus d’une collection privée, ils n’avaient jamais été montrés au grand public), ainsi que des oeuvres interactives (une expérience de sexe en immersion, notamment), des sculptures robotisées (un robot se masturbe sur du porno psychedelique), etc.

Les Magasins généraux est un espace d’exposition et de reflexion situé près du métro Eglise de Pantin, 1 rue de l’Ancien Canal, à Pantin.

FUTURES OF LOVE

Genre, sexualité et… écrans tactiles (colloque à Libreville)

Aujourd’hui, j’interviens dans un colloque au Gabon mais… depuis mon Skype. De fait, l’intervention porte sur les écrans qui servent au Japon de médiateurs pour susciter l’amour entre des inconnu-es.

« L’amour par la médiation d’un écran ? Jeux de rôle et stéréotypes de genre au Japon », colloque “Genre & sexualités : diversités des contextes, pluralité des parcours,approches interdisciplinaires”, organisé par le CresCo (Marie-Carmen Garcia) et l’OICCE (Philippe Nkoma), Libreville, Gabon,  17-18 juillet, 2019.

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Interview dans SLATE sur le lolicon

La figure de la « femme-enfant immature » comme objet de désir au Japon date des années 1980, au moment même où l’indépendance nouvellement acquise des femmes japonaises provoque, par réaction, un report de la libido en direction de partenaires immatures. C’est la période qui voit apparaître les manga avec des filles chô-kawaii (super-mignonnes) : grands yeux, petit menton. Le succès de ces artistes volontairement sélectionnées dans la catégorie « immature » attire l’attention des médias occidentaux qui omettent généralement de signaler l’existence de phénomènes similaires en Occident (compétitions de mini-miss, écoles de comédiens pour acteurs de 7 à 12 ans, succès de chanteuses nymphettes comme Britney Spears, etc). Le journaliste Arthur Bayon, se montre plus prudent : dans un long article publié pour la revue en ligne Slate, il prend la précaution de signaler ce fait que « Pour les autorités japonaises, le fait de se masturber sur des images mentales ou sur des êtres de fiction n’est pas condamnable. »

ItGirl-Pharrel
La pedopornographie (jidō poruno) est strictement interdite au Japon par un acte de loi daté du 18 mai 1999. Intitulé « Loi pour punir les actes liés à la prostitution des enfants et la pornographie enfantine, et pour protéger les enfants » (Jidō baishun, jidō poruno ni kakaru kōi tō no shobatsu oyobi jidō no hogo ni kansuru hōritsu), cet acte stipule qu’il est interdit de prostituer des enfants, de faciliter leur prostitution, ou de faciliter la production, l’importation et la distribution de pornographie enfantine, au Japon comme ailleurs.
En 2014, cet acte a été révisé et la possession de matériel pedopornographique a également été interdit.
Si le Japon a mis du temps à s’ajuster aux normes internationales, c’est probablement  par refus de punir les personnes qui consomment des mangas ou des dessins animés. Au Japon, les législateurs ont fait bien attention de distinguer la pedopornographie réelle (photos et vidéos d’enfants en chair et en os) de ce que l’on pourrait appeler la pedofantasmagorie (images de synthèse, dessins, textes de fictions,  reproductions en silicone ou en plastique, etc).
Les législateurs japonais ont par ailleurs pris le temps de rédiger un texte de loi précis punissant spécifiquement la possession de photos ou de vidéos montrant « tout enfant, entièrement ou partiellement nu, dont les parties sexuelles (organes génitaux ou zones de proximité, fesses et poitrine) sont exhibées et mises en scène afin d’exciter ou stimuler le désir ».

REFERENCE : « Ce que dit la sexualisation des adolescentes de la société japonaise » (Arthur Bayon), Slate, 11 juillet 2019.

Illustration : image extraite du clip « It Girl » de Pharrell Williams.

Différentes façon de dire « Non » (Dame) en MMD

Chanson: 1, 2, 3 go! dame! – TikTok Son
Modèle : Yazawa Nico (personnage du dessin animé Love Live)  dans la version MMD créée par les artistes ZKarti (Deviant Art) et MelodyFive (YouTube)
Animation : Mely Melon

Dame challenge : ici et .

Le stéréotype de la femme objet au Japon (revue Hermès n°83)

hermes-couvLe numéro 83 de la revue Hermès (publiée aux éditions CNRS) vient de sortir sur le thème « Stéréotypes, encore et toujours« , coordonné par Anne Lehmans et Vincent Liquète. J’y participe avec un article consacré aux love dolls.

Résumé de l’article. Il existe au Japon une industrie d’épouses en silicone formatées suivant les canons stéréotypés d’une beauté immature, puérile, voire stupide, ce qui n’est pas sans susciter un certain malaise, y compris au Japon. Les consommateurs de poupées, de fait, sont lourdement stigmatisés. Dans le contexte actuel du dépeuplement, ceux qui refusent de reproduire l’ordre social sont volontiers désignés comme coupables d’une situation dont ils sont en réalité les premières victimes et c’est peut-être pourquoi, non sans un brin d’ironie, ces hommes affirment préférer des « vierges synthétiques » (jinzô otome) aux « femmes de chair crue » (namami no josei). Ils veulent jouer, disent-ils. Sous entendu : jouer plutôt qu’imiter leurs parents, en fondant un foyer. Ce discours est souvent mal compris. Les médias, notamment, ont tendance à le prendre au premier degré. Dans la presse, ces consommateurs de simulacres sont régulièrement accusés d’être faibles, dénués de virilité. Ce qui m’amène à l’hypothèse suivante : serait-il possible que la poupée soit formatée à l’image d’une jolie fille stupide non pas pour reproduire des normes de genre mais pour les questionner ? Quelles stratégies président à l’élaboration et à l’usage de ces contrefaçons ? Quels détournements les poupées favorisent-elles, derrière des apparences si conformes aux standards culturels dominants ?

Référence. Giard, Agnès « Le stéréotype de la femme objet au Japon. Jouer à la poupée : jouer au mâle raté ? », in: Anne Lehmans et Vincent Liquète (ed.) Hermès n°83, « Les stéréotypes, encore et toujours », Paris, CNRS, 2019.

Mardi 4 juin: conférence à Lyon sur les robots faibles

Comment intégrer un robot à une équipe soignante ? Dans quelle mesure une machine peut-elle soutenir une personne malade, handicappée ou isolée ? L’ARFRIPS propose une journée de reflexion à des professionnels de l’acompagnement et du soin. La journée commence avec deux conférences : celle de Serge Tisseron (Empathie et intimité artificielles : quelles relations entre l’homme et la machine ?) à 9:15 puis la mienne (Des robots impuissants pour soigner l’humain ?) à 11:00. Durant l’après-midi, la parole sera donnée à des directeurs d’hôpitaux et des spécialistes du soin ayant intégré des machines à leurs équipes et à leurs pratiques thérapeutiques. L’occasion de rencontrer en live Pepper, Paros, Leka, Lolo ou Nao. La journée s’intitule : « La robotique sociale au service de la relation d’aide”.

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