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Les machines pour créer l’amour (revue Hermès n°84)

Le numéro 84 de la revue Hermès (publiée aux éditions CNRS) vient de sortir sur le thème «Les Incommunications» , coordonné par Franck Renucci & Thierry Paquot. J’y participe avec un article consacré aux robots de chasse à l’époux-se (konkatsu robotto) et aux logiciels pour créer l’amour.
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12765_hermes_84Résumé de l’article. En Occident, il est mal vu d’utiliser des outils numériques pour entamer une relation amoureuse. Les rencontres en ligne, par exemple, ne sont pas perçues comme quelque chose de très romantique. Quant aux rencontres assistées par ordinateur, elles sont fortement associées à l’image d’un écran qui, comme son nom l’indique, fait écran, c’est-à-dire oblitère l’individu. De façon très révélatrice, au Japon, c’est justement pour cette raison que les machines sont considérées comme d’excellents moyens de faire une rencontre : elles garantissent une forme d’impunité. Cela peut sembler étrange bien sûr, dans la mesure où l’on pense nécessaire que des individus mettent en avant leur personnalité pour séduire. Dans l’Occident contemporain, en tout cas, l’apparition du sentiment amoureux est conditionné par ce que Michel Bozon nomme « la remise de soi », c’est-à-dire le fait de confier à l’autre des choses très intimes : un secret, tout d’abord, puis, si l’autre répond positivement, toutes sortes d’informations privées ou d’objets personnels… Le script amoureux occidental repose sur le dévoilement du « vrai » moi.
Il semblerait qu’au Japon, le script ne soit pas le même et qu’on puisse initier une relation amoureuse sur d’autres bases, à l’aide d’outils destinés à se rendre anonyme.
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Giard, Agnès « Affects électroniques au Japon. Les systèmes de rencontre par machines interposées », in:  Hermès n°84 , coordonné par Franck Renucci & Thierry Paquot (ed.) «Les Incommunications», Paris, CNRS, 26 sept. 2019.

Des hommes (femmes) se mettront en couple avec un robot ?

Le Vif, principal hebdomadaire d’information de la Belgique francophone, me consacre trois pages d’interview dans le numéro 35 (sorti le 29 août 2019), sous un titre un peu fracassant. J’essaye de tempérer l’enthousiasme (?), cependant, en insistant sur le fait que ces hommes-femmes qui se mettront en couple seront probablement :
1. rares, très rares.
2. poussés par le désir d’envoyer un message fort à leurs proches (en particulier) et à la société (en général).
Ainsi qu’il ressort des recherches jusqu’ici menées sur le terrain des poupées et des interfaces, l’acte de « vivre avec » un personnage fictif témoigne à la fois des immenses ressources d’imagination dont font preuve certaines personnes et de leur besoin tout aussi immense de manifester un sentiment de désajustement par rapport aux normes.
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7 septembre : Futures of Love

Sous prétexte qu’un démineur aurait développé un « syndrome de stress post-traumatique » après avoir perdu son robot de déminage, certains psychologues (pas tous, loin de là) tirent la sonnette d’alarme. Ils affirment aussi volontiers que des ouvriers peuvent devenir dépressifs lorsqu’ils doivent se séparer de la machine avec laquelle ils travaillent. Ce discours est volontiers repris par des chercheurs en robotique qui estiment dangereux de développer des machines induisant l’humain à s’y attacher. C’était le thème du débat ce samedi 7 septembre 2019, auquel je participais avec Véronique Aubergé (Laboratoire d’Informatique de Grenoble) et Gregory Dorcel (directeur général de Dorcel et créateur de l’incubateur de startups Dorcel Lab).

Le débat avait lieu dans le cadre d’un colloque sur deux jours, en parallèle de l’exposition très riche, très belle, intitulée Futures of Love, montée par Anna Labouze. On peut notamment voir dans cette exposition des photomontages inédits de Molinier (venus d’une collection privée, ils n’avaient jamais été montrés au grand public), ainsi que des oeuvres interactives (une expérience de sexe en immersion, notamment), des sculptures robotisées (un robot se masturbe sur du porno psychedelique), etc.

Les Magasins généraux est un espace d’exposition et de reflexion situé près du métro Eglise de Pantin, 1 rue de l’Ancien Canal, à Pantin.

FUTURES OF LOVE

Genre, sexualité et… écrans tactiles (colloque à Libreville)

Aujourd’hui, j’interviens dans un colloque au Gabon mais… depuis mon Skype. De fait, l’intervention porte sur les écrans qui servent au Japon de médiateurs pour susciter l’amour entre des inconnu-es.

« L’amour par la médiation d’un écran ? Jeux de rôle et stéréotypes de genre au Japon », colloque “Genre & sexualités : diversités des contextes, pluralité des parcours,approches interdisciplinaires”, organisé par le CresCo (Marie-Carmen Garcia) et l’OICCE (Philippe Nkoma), Libreville, Gabon,  17-18 juillet, 2019.

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Interview dans SLATE sur le lolicon

La figure de la « femme-enfant immature » comme objet de désir au Japon date des années 1980, au moment même où l’indépendance nouvellement acquise des femmes japonaises provoque, par réaction, un report de la libido en direction de partenaires immatures. C’est la période qui voit apparaître les manga avec des filles chô-kawaii (super-mignonnes) : grands yeux, petit menton. Le succès de ces artistes volontairement sélectionnées dans la catégorie « immature » attire l’attention des médias occidentaux qui omettent généralement de signaler l’existence de phénomènes similaires en Occident (compétitions de mini-miss, écoles de comédiens pour acteurs de 7 à 12 ans, succès de chanteuses nymphettes comme Britney Spears, etc). Le journaliste Arthur Bayon, se montre plus prudent : dans un long article publié pour la revue en ligne Slate, il prend la précaution de signaler ce fait que « Pour les autorités japonaises, le fait de se masturber sur des images mentales ou sur des êtres de fiction n’est pas condamnable. »

ItGirl-Pharrel
La pedopornographie (jidō poruno) est strictement interdite au Japon par un acte de loi daté du 18 mai 1999. Intitulé « Loi pour punir les actes liés à la prostitution des enfants et la pornographie enfantine, et pour protéger les enfants » (Jidō baishun, jidō poruno ni kakaru kōi tō no shobatsu oyobi jidō no hogo ni kansuru hōritsu), cet acte stipule qu’il est interdit de prostituer des enfants, de faciliter leur prostitution, ou de faciliter la production, l’importation et la distribution de pornographie enfantine, au Japon comme ailleurs.
En 2014, cet acte a été révisé et la possession de matériel pedopornographique a également été interdit.
Si le Japon a mis du temps à s’ajuster aux normes internationales, c’est probablement  par refus de punir les personnes qui consomment des mangas ou des dessins animés. Au Japon, les législateurs ont fait bien attention de distinguer la pedopornographie réelle (photos et vidéos d’enfants en chair et en os) de ce que l’on pourrait appeler la pedofantasmagorie (images de synthèse, dessins, textes de fictions,  reproductions en silicone ou en plastique, etc).
Les législateurs japonais ont par ailleurs pris le temps de rédiger un texte de loi précis punissant spécifiquement la possession de photos ou de vidéos montrant « tout enfant, entièrement ou partiellement nu, dont les parties sexuelles (organes génitaux ou zones de proximité, fesses et poitrine) sont exhibées et mises en scène afin d’exciter ou stimuler le désir ».

REFERENCE : « Ce que dit la sexualisation des adolescentes de la société japonaise » (Arthur Bayon), Slate, 11 juillet 2019.

Illustration : image extraite du clip « It Girl » de Pharrell Williams.

Différentes façon de dire « Non » (Dame) en MMD

Chanson: 1, 2, 3 go! dame! – TikTok Son
Modèle : Yazawa Nico (personnage du dessin animé Love Live)  dans la version MMD créée par les artistes ZKarti (Deviant Art) et MelodyFive (YouTube)
Animation : Mely Melon

Dame challenge : ici et .

Le stéréotype de la femme objet au Japon (revue Hermès n°83)

hermes-couvLe numéro 83 de la revue Hermès (publiée aux éditions CNRS) vient de sortir sur le thème « Stéréotypes, encore et toujours« , coordonné par Anne Lehmans et Vincent Liquète. J’y participe avec un article consacré aux love dolls.

Résumé de l’article. Il existe au Japon une industrie d’épouses en silicone formatées suivant les canons stéréotypés d’une beauté immature, puérile, voire stupide, ce qui n’est pas sans susciter un certain malaise, y compris au Japon. Les consommateurs de poupées, de fait, sont lourdement stigmatisés. Dans le contexte actuel du dépeuplement, ceux qui refusent de reproduire l’ordre social sont volontiers désignés comme coupables d’une situation dont ils sont en réalité les premières victimes et c’est peut-être pourquoi, non sans un brin d’ironie, ces hommes affirment préférer des « vierges synthétiques » (jinzô otome) aux « femmes de chair crue » (namami no josei). Ils veulent jouer, disent-ils. Sous entendu : jouer plutôt qu’imiter leurs parents, en fondant un foyer. Ce discours est souvent mal compris. Les médias, notamment, ont tendance à le prendre au premier degré. Dans la presse, ces consommateurs de simulacres sont régulièrement accusés d’être faibles, dénués de virilité. Ce qui m’amène à l’hypothèse suivante : serait-il possible que la poupée soit formatée à l’image d’une jolie fille stupide non pas pour reproduire des normes de genre mais pour les questionner ? Quelles stratégies président à l’élaboration et à l’usage de ces contrefaçons ? Quels détournements les poupées favorisent-elles, derrière des apparences si conformes aux standards culturels dominants ?

Référence. Giard, Agnès « Le stéréotype de la femme objet au Japon. Jouer à la poupée : jouer au mâle raté ? », in: Anne Lehmans et Vincent Liquète (ed.) Hermès n°83, « Les stéréotypes, encore et toujours », Paris, CNRS, 2019.

Mardi 4 juin: conférence à Lyon sur les robots faibles

Comment intégrer un robot à une équipe soignante ? Dans quelle mesure une machine peut-elle soutenir une personne malade, handicappée ou isolée ? L’ARFRIPS propose une journée de reflexion à des professionnels de l’acompagnement et du soin. La journée commence avec deux conférences : celle de Serge Tisseron (Empathie et intimité artificielles : quelles relations entre l’homme et la machine ?) à 9:15 puis la mienne (Des robots impuissants pour soigner l’humain ?) à 11:00. Durant l’après-midi, la parole sera donnée à des directeurs d’hôpitaux et des spécialistes du soin ayant intégré des machines à leurs équipes et à leurs pratiques thérapeutiques. L’occasion de rencontrer en live Pepper, Paros, Leka, Lolo ou Nao. La journée s’intitule : « La robotique sociale au service de la relation d’aide”.

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L’amour d’air au Japon (revue Gradhiva n°29)

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La revue d’anthropologie Gradhiva (publiée par le Musée du Quai Branly) vient de sortir son numéro 29 consacré à Philip K. Dick et aux réalités parallèles. Dirigé par Pierre Déléage et Emmanuel Grimaud, le numéro s’intitule ESTRANGEMENTAL. En couverture : une surface de miroir argenté, dans laquelle on se reflète. J’y publie un article : “L’amour d’air au Japon. Rituels de rencontre avec des voix venues d’ailleurs”, illustré par Manabu Koga, génial photographe japonais spécialisé dans les jolies filles en apnée dans des fonds de piscine, flottant dans des tenues de science fiction qu’il retouche et transforme parfois en cuirasses cyberpunk (Merci à Zaven Paré de m’avoir fait découvrir ce photographe).

A noter : la revue Gradhiva 29 publie une nouvelle inédite en français de Philip K. Dick.

Résumé de l’article : Au Japon, les simulacres affectifs se multiplient sous la forme d’amante numérique, de boyfriend téléchargeable ou de copine interactive, programmés pour reproduire les mimiques de la séduction sur un écran de poche (smartphone ou console sans fil). L’attachement aux personnages fictifs porte le nom d’ « air amour » (ea ren’ai), par allusion à l’air guitar. Humour révélateur de ce que les consommateurs, hommes et femmes, font de ces jeux au Japon : des outils pour signifier le refus d’un monde ironiquement appelé « l’espace en 3D » (sanjigen no kûkan), c’est-à-dire « l’ici-bas ». La pratique de l’air amour (ea ren’ai) s’inscrit de fait dans une logique d’interaction avec l’invisible. Il s’agit de convoquer un être, en détournant les rituels de rencontre amoureuse au profit d’une scénographie dont les formes, hyper-codifiées, fournissent la mise en signes ostentatoire de ce que les adeptes des jeux nomment eux-mêmes « la fuite de la réalité ».

 

 

Peut-on tomber amoureux sans dire un mot ?

Il existe actuellement une tendance croissante à s’appuyer sur des algorithmes pour trouver l’âme-soeur. Cette tendance avance masquée en Occident: comme Marie Bergtröm l’explique de façon lumineuse dans Les Nouvelles lois de l’amour, les créateurs de sites de rencontre ont tout intérêt à préserver le mythe de l’amour qui tombe au hasard et à nier l’existence de logiciels programmés pour créer des “matchs”. Bien sûr, personne n’est dupe (à part quelques naïfs) : les sites de rencontre ne fonctionnent pas en mode aléatoire. Ils mettent les utilisateurs en relation avec des utilisatrices suivant de savants calculs d’affinités. Les logiciels qui font ces calculs ne font d’ailleurs jamais que trier les prétendant-es suivant une logique identique à celle qui prévaut dans la « vraie vie » : la sélection reproduit de façon « conforme” celle que les hommes et les femmes effectuent dans la société (sélection par niveau socio-professionnel et par origine culturelle, notamment).

Au Japon, il est frappant de constater que les nouvelles générations se reposent, elles aussi, de plus en plus sur des systèmes numériques qui jouent le rôle d’intermédiaire dans leurs relations sentimentales. Mais ce besoin prend des formes qui peuvent sembler choquantes : les utilisateurs s’en remettent ostensiblement aux machines pour faire le premier pas à leur place. C’était le thème central de ma conférence lors de la journée d’étude “Affective Responses to New Technologies”, organisée par le projet de recherche EMTECH à L’Université Libre de Berlin, samedi 11 mai 2019. Mon intervention s’intitulait : « Digital Matchmaking Systems in Japan: Can You Fall in Love Without Expressing Yourself?”. Les autres intervenants étaient : Carman Ng (Universität Bremen, Allemagne), Elena Giannoulis, Berthold Frommann (Freie Universität Berlin, Allemagne), Duygu Pir (SOAS University of London, UK) et Yuefang Zhou (Universität Potsdam, Allemagne).

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