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“Buchô kawaii” : quand ton chef de bureau découvre le télé-travail

Le thème du colloque que j’organise au sein du groupe de recherche EMTECH (« Identités désirées. Métamorphoses et nouvelles technologies au Japon« ) entre curieusement en résonance avec les effets, parfois inattendus, de la pandémie. Forcés d’effectuer leurs réunions en vidéo-conférence, des milliers de télé-travailleurs(euses) essayent d’apprivoiser les logiciels de vidéo-conférence… et leurs options « avatars ». Il devient ainsi possible de modifier son apparence en ligne et d’adopter une image de rêve, à l’instar des V-Tubers qui se « déguisent » (ou plutôt se « dévoilent ») en jeunes filles de dessin animé pour faire des vidéos YouTube. Le 30 avril, un ami (Kodama) m’envoie l’image suivante – trouvée sur ni-chan, à la section Corona (コロナ) – et commentée abondamment par des otakus hilares qui rajoutent des cases supplémentaires à cette histoire, des cases de plus en plus grivoises, évidemment.

1587738069666Je traduis sommairement le dialogue: un employé parle à son supérieur « Buchô (manager), nous allons faire du télé-travail demain ». Le chef : « Oh, ça fait très futuriste. Je me réjouis ». Case suivante : « Buchô ! Mais pourquoi êtes-vous en “Live 2D” !? ». Le chef : « Ah ? Ce n’est pas bien ? ».

La phrase “Damenanokai » (Il y a un problème ? Ca ne se fait pas ? Ce n’est pas bien ?) fait les délices des commentateurs sur ni-chan, qui la reprennent en choeur, tout en mimant une très forte excitation pour le buchô kawaii. Ce qui amène à la question : et si le coronavirus rendait le monde plus beau, ou du moins plus proche de ce que les otakus revendiquent comme étant un monde plus beau, celui de la fiction ? D’une certaine manière, avec cette épidémie, une partie longtemps stigmatisée de la population prend sa revanche sur la société toute entière. Car la société est maintenant forcée de vivre comme vivent les otakus… voire pire. Les hikikomoris.

Colloque « Identités Désirées » : LiveStreaming au musée du quai Branly, 27-28 juin

En raison de la pandémie, le colloque international “Identités Désirées. Métamorphoses et nouvelles technologies au Japon” qui devait avoir lieu à Paris les 29 et 30 avril, aura lieu en LIVE STREAMING sur la Chaine YouTube du musée du quai Branly qui accueille l’événement dans ses murs dématérialisés.

Le colloque se déroulera en ligne les samedi 27 et dimanche 28 juin 2020 : deux jours pendant lesquels, entre midi (heure de Paris) et 17h20, les internautes pourront voir les présentations des chercheurs sous la forme de vidéos courtes (30 mn) entrecoupées de pauses, de court-métrages inédits et de rendez-vous avec les chercheurs pour poser des questions dans un espace de rencontre dédié.

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Les vidéos seront diffusées les unes après les autres suivant un programme précis (ci-dessous), ce qui permettra aux internautes de se brancher tous en même temps pour assister à la conférence de leur choix, échanger des salutations, poster des commentaires en direct sur la chat-box de YouTube. Ces commentaires disparaitront à la fin de la vidéo. Pour ceux et celles qui ne seraient pas libre au moment de la diffusion en LiveStreaming, pas d’inquiétude : une fois diffusée en (faux) direct, chaque vidéo sera automatiquement installée sur la chaine YouTube du musée du quai Branly, en libre accès pendant plusieurs mois. En revanche, les vidéos d’art ne seront diffusées qu’une seule et unique fois, pendant le LiveStreaming.

Chaque Panel disposera d’un espace de rencontre (chat-room) pour que les conférenciers puissent répondre aux questions, pendant 20 minutes.  Les internautes souhaitant discuter avec les chercheurs pourront s’inscrire sur un formulaire anonyme Google afin de recevoir une invitation correspondant aux réunions (chat-meetings) de leur choix. Les personnes n’ayant pas le temps de s’inscrire pourront directement cliquer sur l’adresse indiquée dans le programme (je les rajoute d’ici quelquesjours), afin de se rendre à la réunion : il leur faudra alors s’inscrire sur Webex, le logiciel de vidéo-rencontre en ligne utilisé pour le colloque.

Desired Identities
New Technology-based Metamorphosis in Japan

Digital International Conference organized as a Live Streaming Event on the YouTube channel
of musée du Quai Branly  by the ERC-Funded Research Project
“Emotional Machines: The Technological Transformation of Intimacy in Japan” (EMTECH) in cooperation with the Department of Research and Higher Education of the musée du quai Branly

SATURDAY: 12:00–17:20 | June 27, 2020

12:00-12:10 | Philippe CHARLIER (Director of the Department of Research and Higher Education of musée du quai Branly – Jacques Chirac, France): Welcome Speech – “How to Make Love with a Ghost?

12:10–12:20 | Liudmila BREDIKHINA & Agnès GIARD: Can’t Stop “Me” Anymore – Mō “Watashi” Tomaranai (short film, 2020)

12:20–12:30 | Superflux (Anab JAIN & Jon ARDERN): Trigger Warning (short film, 2018)

12:30–13:10 | Dominique BOULLIER – Keynote (Professor, Sciences Po, CEE, France): Extension of the Domain of Fake

13:10–13:30 | Chat Meeting (20 mn)

13:30–14:00 | Lunch Break (30 mn)

°°°°°°°°°°°°°°°°°°° PANEL: High-tech and kyara-ka °°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

14:00–14:30 | Akihiko SHIRAI (Director of GREE VR Studio Lab, Japan): Research and Development for Avatar-Driven Virtual Society in VR4.0 Era

14:30–15:00 | Patrick W. GALBRAITH (Lecturer, Senshū University, Japan): Character, Culture, Platform: Locating Emotional Technology in Contemporary Japan

15:00–15:20 | Chat Meeting (20 mn)

15:20–16:00 | Coffee Break (40 mn)

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°° PANEL: Avatars and Self-Presentation °°°°°°°°°°°°°°°°°°

16:00–16:30 | Alain DELLA NEGRA & Kaori KINOSHITA: Spotting “Tsuma” (short film, 2020)

16:30–17:00 | Agnès GIARD (Postdoctoral Researcher, Freie Universität Berlin, EMTECH, Germany): Becoming an Avatar in a Japanese Love Game: Female Identity and Desired Alienation

17:00–17:20 | Chat Meeting (20 mn)

SUNDAY: 12:00–17:20 | June 28, 2020

°°°°°°°°°°°°°°°°° PANEL: Kyara-ka and Embodiment °°°°°°°°°°°°°°°°°°

12:00–12:30 | Shunsuke NOZAWA (Assistant Professor, Hokkaido University, Japan): The Seiyūesque: the Layering of Agency and the Labor of Characterization

12:30–13:00 | Debra J. OCCHI (Professor, Miyazaki International College, Japan): Kyara-ka Characterizations, Technologies, and Tensions of Embodiment for Local Tokusatsu Action Heroes 
in Miyazaki’s Himukaizer Media Mix

13:00–13:20 | Chat Meeting (20 mn)

13:20–14:00 | Lunch Break (40 mn)

°°°°°°°°°°°°°° PANEL: VirtualTuber and Visual Transgendering °°°°°°°°°°°°°°

14:00–14:30 | Edmond ERNEST DIT ALBAN (Course Lecturer, McGill University, Canada): Kyara-ka as a Queering Process? From Queer Animation to Online VTubers Personas

14:30–14:45 | Lou RAMBERT PREISS
Les Zumains / DOLLER (short film, 2017)

14:45–15:15 | HOLOGRAPHIC (VTubers, graduates from Tōkyō University & Institute of Advanced Media Arts and Sciences -IAMAS, Japan): The Babiniku Phenomenon in Japan: when Men Metamorphose into Bishōjo Characters

15:15–15:35 | Chat Meeting (20 mn)

15:35–16:00 | Coffee Break (25 mn)

°°°°°°°°°°°°° PANEL: Hatsune Miku and Vocaloid Metamorphoses °°°°°°°°°°°°

16:00–16:30 | Rafal ZABOROWSKI (Lecturer, King’s College London, United Kingdom): Virtually Authentic: Co-creating Hatsune Miku

16:30–17:00 | Cody POULTON (Professor, University of Victoria, Canada): Performative Metamorphoses: Hatsune Miku and 3.5 Dimension Culture

17:00–17:20 | Chat Meeting (20 mn)

Amabie

Au Japon, on se protège avec des masques mais aussi en dessinant un cryptide, datant de l’époque Edo, appelé AMABIE : il s’agit d’un oiseau avec trois queues de poisson à la place des pattes. Un peu comme le yatta karasu (corbeau à trois pattes), version amphibie.

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Depuis son apparition, cet animal du bestiaire fantastique aurait été convoqué trois fois. C’est la quatrième fois dans l’histoire qu’il devient populaire : « S’il y a une épidémie, montre mon image »

Du coup…
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Plein de gens en dessinent. Il y a aussi des cafés qui vendent des latte-amabie. Des pâtisseries qui confectionnent des gâteaux-amabie, etc
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Et voici ma version:
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Love dolls et normes de genre : table ronde, 8 mars

« Le futur a-t-il un genre(s) ? » Pour répondre à cette question, des chercheurs et artistes des deux sexes sont invité-es, dimanche 8 mars 2020, à croiser leur regard lors d’une table ronde à laquelle je participe avec une reflexion intitulée « Love dolls et normes de genre ». Organisée à l’initiative de Florence Brunois-Pasina, anthropologue au CNRS, cette table ronde se déroulera dans le cadre du festival “Les féminins” (du 6 au mars) au Théâtre de Verre, à Paris.

Capture d’écran 2020-03-02 à 21.26.29« Le futur a-t-il un genre(s) ? » : dimanche 8 mars, à 20h30, conférence-diner au Théâtre de Verre : 12 Rue Henri Ribière, 75019 Paris (Metro Place des Fêtes)

Apocalypse joyeuse au Japon (Université de Genève, 19 et 26 fev)

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Depuis 2012, le site Internet de l’Université du Tôhoku abrite une « horloge démographique à retardement » qui, telle une bombe, fonctionne suivant le système du compte à rebours : elle indique le jour où il n’existera plus qu’un seul enfant japonais au monde. Le dernier. Cette projection alarmiste, bien sûr, n’a qu’une valeur symbolique mais elle frappe les esprits. Jugée coupable d’entraîner la nation vers l’extinction, la jeunesse japonaise doit faire face aux attaques : on l’accuse de mollesse, d’hédonisme et d’égoïsme. On l’accuse surtout de s’adonner à la consommation « addictive » de simulacres affectifs (épouses en 3D, petit copain à télécharger) et de se replier dans un confort démissionnaire. Par effet de réaction, la culture otaku accouche de produits « Fin du Monde » et fait de l’apocalypse le support de fantasmes érotiques ou ironiques dont je propose d’étudier les formes dans le cadre du séminaire de Youri VOLOKHINE « Religions, climat et catastrophe », à l’Université de Genève, Bâtiment de philosophes, salle PHIL 211.

L’événement est organisé par l’Association des étudiants ESTASIA (à qui je dois tout et notamment la magnifique affiche de la conférence), en partenariat avec la Maison de l’Histoire.

Rendez-vous Mercredis 19 et 26 février 2020, de 16h15 à 18h00.

Pourquoi s’acheter des robes digitales (séminaire EHESS)

Capture d’écran 2020-02-13 à 17.22.14Les jeux vidéo « à l’eau de rose » encouragent les femmes à faire du shopping virtuel et à s’habiller comme des princesses, en vue de plaire à un personnage masculin (l’épouser). Faut-il condamner ces jeux qui renforcent les pires stéréotypes ?

J’étais invitée au séminaire Anthropologie des mondes de la mode (organisé par Anne Monjaret, Kristell Blache-Comte et Aurélia Gualdo) ce jeudi 13 février à parler des « impacts de la technologies sur le corps et dans la mode ». Mon intervention Une garde-robe numérique, pour quoi faire ? Mode et jeux vidéo pour femmes au Japon, m’a permis d’étudier la mode dite « virtuelle » comme une forme de sacrifice volontairement consenti par les joueuses en vue de… ?

Les gadgets électroniques asseptisent notre sexualité?

A Strasbourg, depuis sa création en 2010, le Forum Européen de Bio-éthique, organisé par Israël Nisand, fait toujours salle comble au point que les tables rondes sont maintenant diffusées en direct sur Internet. Cette année, honneur honneur : la table ronde à laquelle je participais (en compagnie de Serge TISSERON et Carole BURTE) faisait la clôture de l’événement, samedi 7 février. Intitulée « La sexualité de demain », elle m’a permis d’aborder la question des technologies amoureuses au Japon comme une sorte de cas « bon à penser » pour réfléchir sur ce que les médias décrivent volontiers comme une invasion de sex-robots et de gadgets « trop » attachants.

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L’argument de la table ronde était le suivant : « Faire l’amour avec un robot, faire l’amour à distance, assouvir tous ses fantasmes, décupler son plaisir, améliorer ses performances, modifier l’apparence des appareils génitaux, trouver des partenaires sur internet et jouir à la demande, cela pourrait bien être la sexualité de demain. Mais le risque, lorsqu’on évolue dans une société qui marchande nos désirs et nos plaisirs à grand renfort de nouvelles technologies, n’est-il pas finalement d’appauvrir ou d’aseptiser notre univers fantasmatique ?« .

« S’aimer dans l’autre monde » (contribution à un livre sur la mort)

bad_apple_wars_asie_1778Pourquoi des millions de Japonaises s’amusent-elles à « jouer » le rôle d’une morte ?

Aujourd’hui, 31 janvier 2020, sortie en librairie d’un livre consacré à la mort et au traitement qui lui sont diversement réservés depuis la Grèce antique jusqu’à l’ère digitale : [Im]matérialités de la mort. Dirigé par l’anthropologue Valérie Robin Azevedo, publié aux éditions du CNRS, le livre (auquel je participe) m’a permis d’étudier le jeu Bad Apple Wars (Idea Factory) et l’anime dont il s’inspire (Angel Beats!). Dans ces oeuvres, le personnage central meurt puis se… réveille dans un campus. Le campus est la métaphore de cet espace intermédiaire (chuin) occupé par l’esprit des défunts pendant 49 jours après leur trépas, 49 jours aux termes desquels, idéalement, ils trouvent la paix et se détachent de l’ici-bas. A ce sujet, un souvenir (douloureux) : j’avais eu le malheur de demander à une amie dont le père venait de mourir si je pouvais prier pour lui pendant o-Bon. Elle m’avait répondu : « Non, il n’est pas encore mort (bouddha) »… Les 49 jours n’étaient pas encore passés.

Giard Agnès, « S’aimer dans l’autre monde : exorcismes numériques au Japon », in: Valérie Robin-Azevedo (ed.), [Im]matérialités de la mort, Paris, CNRS éditions, coll. Les Essentiels Hermès, 2020.

Affiche du colloque « Identités désirées au Japon »

L’homme travesti en héroïne manga est Inuyamai Nuko, créateur de NukoPan, un des cercles Kigurimi les plus célèbres au Japon. L’affiche est en ligne depuis quelques jours sur le site du musée du quai Branly !

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AAC: « Identités désirées au Japon », colloque au musée du quai Branly

J’organise avec le groupe de recherche Emtech un colloque international au musée du quai Branly (mercredi 29 et jeudi 30 avril 2020) : « Desired Identities. New Technology-based Metamorphosis in Japan » (Identités désirées. Métamorphoses et nouvelles technologies au Japon).

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Ce colloque invite les chercheurs à partager leurs expériences et leurs résultats de terrain au Japon (ou sur des terrains similaires) concernant le phénomène estampillé kyara-ka – « se transformer en personnage » (Aihara Hiroyuki, 2007) – qui donne maintenant naissance à ce que Nozawa Shunsuke (2013) nomme « un art émergent de l’auto-modélisation ». Basé sur des techniques de déguisement élaborées, le phénomène kyara-ka recouvre une grande variété de stratégies et de pratiques liées à la présentation de soi : cosplay, kigurumi, banque de voix synthétiques, VTuber, usage de filtres vocaux-vidéo pour se mettre en scène sous la forme d’un personnage synthétique…

En explorant les différentes manifestations de ce processus social de « chosification de l’humain », le colloque entend questionner les raisons pour lesquelles un nombre croissant de personnes se customisent en personnages. L’objectif du colloque est de traiter dans leur complexité les questions que soulèvent ces actes volontaires, et peut-être ironiques, d’oblitération. Quel est le profil de ces hommes et ces femmes qui se métamorphosent en créatures produites par infographie ? Comment vivent-ils le fait d’être aimés non pas pour eux-mêmes mais pour leur alter-ego numérique ?  Quels récits, petits ou grands, accompagnent la production de ces doubles fictifs ? Est-il toujours pertinent d’analyser le phénomène en termes d’authenticité (original) ou d’artificialité (copie) ? Quelles attentes, quels refus, sous-tendent l’usage des personnages comme masques sociaux ?

Les propositions de contributions devront être envoyées AVANT LE 23 DECEMBRE 2019, sous forme d’un résumé en anglais en format PDF à agnes.giard@fu-berlin.de. Ce résumé de 2 à 3 pages doit inclure un titre et une courte biographie de l’auteur (avec son nom et ses affiliations). Cliquer ici pour l’AAC (anglais-français) : Call for Papers-EMTECH-bilingue