Japan Pink Inc. Rotating Header Image

Genre, sexualité et… écrans tactiles (colloque à Libreville)

Aujourd’hui, j’interviens dans un colloque au Gabon mais… depuis mon Skype. De fait, l’intervention porte sur les écrans qui servent au Japon de médiateurs pour susciter l’amour entre des inconnu-es.

« L’amour par la médiation d’un écran ? Jeux de rôle et stéréotypes de genre au Japon », colloque “Genre & sexualités : diversités des contextes, pluralité des parcours,approches interdisciplinaires”, organisé par le CresCo (Marie-Carmen Garcia) et l’OICCE (Philippe Nkoma), Libreville, Gabon,  17-18 juillet, 2019.

Capture d’écran 2019-07-17 à 09.36.16

Interview dans SLATE sur le lolicon

La figure de la « femme-enfant immature » comme objet de désir au Japon date des années 1980, au moment même où l’indépendance nouvellement acquise des femmes japonaises provoque, par réaction, un report de la libido en direction de partenaires immatures. C’est la période qui voit apparaître les manga avec des filles chô-kawaii (super-mignonnes) : grands yeux, petit menton. Le succès de ces artistes volontairement sélectionnées dans la catégorie « immature » attire l’attention des médias occidentaux qui omettent généralement de signaler l’existence de phénomènes similaires en Occident (compétitions de mini-miss, écoles de comédiens pour acteurs de 7 à 12 ans, succès de chanteuses nymphettes comme Britney Spears, etc). Le journaliste Arthur Bayon, se montre plus prudent : dans un long article publié pour la revue en ligne Slate, il prend la précaution de signaler ce fait que « Pour les autorités japonaises, le fait de se masturber sur des images mentales ou sur des êtres de fiction n’est pas condamnable. »

ItGirl-Pharrel
La pedopornographie (jidō poruno) est strictement interdite au Japon par un acte de loi daté du 18 mai 1999. Intitulé « Loi pour punir les actes liés à la prostitution des enfants et la pornographie enfantine, et pour protéger les enfants » (Jidō baishun, jidō poruno ni kakaru kōi tō no shobatsu oyobi jidō no hogo ni kansuru hōritsu), cet acte stipule qu’il est interdit de prostituer des enfants, de faciliter leur prostitution, ou de faciliter la production, l’importation et la distribution de pornographie enfantine, au Japon comme ailleurs.
En 2014, cet acte a été révisé et la possession de matériel pedopornographique a également été interdit.
Si le Japon a mis du temps à s’ajuster aux normes internationales, c’est probablement  par refus de punir les personnes qui consomment des mangas ou des dessins animés. Au Japon, les législateurs ont fait bien attention de distinguer la pedopornographie réelle (photos et vidéos d’enfants en chair et en os) de ce que l’on pourrait appeler la pedofantasmagorie (images de synthèse, dessins, textes de fictions,  reproductions en silicone ou en plastique, etc).
Les législateurs japonais ont par ailleurs pris le temps de rédiger un texte de loi précis punissant spécifiquement la possession de photos ou de vidéos montrant « tout enfant, entièrement ou partiellement nu, dont les parties sexuelles (organes génitaux ou zones de proximité, fesses et poitrine) sont exhibées et mises en scène afin d’exciter ou stimuler le désir ».

REFERENCE : « Ce que dit la sexualisation des adolescentes de la société japonaise » (Arthur Bayon), Slate, 11 juillet 2019.

Illustration : image extraite du clip « It Girl » de Pharrell Williams.

Différentes façon de dire « Non » (Dame) en MMD

Chanson: 1, 2, 3 go! dame! – TikTok Son
Modèle : Yazawa Nico (personnage du dessin animé Love Live)  dans la version MMD créée par les artistes ZKarti (Deviant Art) et MelodyFive (YouTube)
Animation : Mely Melon

Dame challenge : ici et .

Le stéréotype de la femme objet au Japon (revue Hermès n°83)

hermes-couvLe numéro 83 de la revue Hermès (publiée aux éditions CNRS) vient de sortir sur le thème « Stéréotypes, encore et toujours« , coordonné par Anne Lehmans et Vincent Liquète. J’y participe avec un article consacré aux love dolls.

Résumé de l’article. Il existe au Japon une industrie d’épouses en silicone formatées suivant les canons stéréotypés d’une beauté immature, puérile, voire stupide, ce qui n’est pas sans susciter un certain malaise, y compris au Japon. Les consommateurs de poupées, de fait, sont lourdement stigmatisés. Dans le contexte actuel du dépeuplement, ceux qui refusent de reproduire l’ordre social sont volontiers désignés comme coupables d’une situation dont ils sont en réalité les premières victimes et c’est peut-être pourquoi, non sans un brin d’ironie, ces hommes affirment préférer des « vierges synthétiques » (jinzô otome) aux « femmes de chair crue » (namami no josei). Ils veulent jouer, disent-ils. Sous entendu : jouer plutôt qu’imiter leurs parents, en fondant un foyer. Ce discours est souvent mal compris. Les médias, notamment, ont tendance à le prendre au premier degré. Dans la presse, ces consommateurs de simulacres sont régulièrement accusés d’être faibles, dénués de virilité. Ce qui m’amène à l’hypothèse suivante : serait-il possible que la poupée soit formatée à l’image d’une jolie fille stupide non pas pour reproduire des normes de genre mais pour les questionner ? Quelles stratégies président à l’élaboration et à l’usage de ces contrefaçons ? Quels détournements les poupées favorisent-elles, derrière des apparences si conformes aux standards culturels dominants ?

Référence. Giard, Agnès « Le stéréotype de la femme objet au Japon. Jouer à la poupée : jouer au mâle raté ? », in: Anne Lehmans et Vincent Liquète (ed.) Hermès n°83, « Les stéréotypes, encore et toujours », Paris, CNRS, 2019.

Mardi 4 juin: conférence à Lyon sur les robots faibles

Comment intégrer un robot à une équipe soignante ? Dans quelle mesure une machine peut-elle soutenir une personne malade, handicappée ou isolée ? L’ARFRIPS propose une journée de reflexion à des professionnels de l’acompagnement et du soin. La journée commence avec deux conférences : celle de Serge Tisseron (Empathie et intimité artificielles : quelles relations entre l’homme et la machine ?) à 9:15 puis la mienne (Des robots impuissants pour soigner l’humain ?) à 11:00. Durant l’après-midi, la parole sera donnée à des directeurs d’hôpitaux et des spécialistes du soin ayant intégré des machines à leurs équipes et à leurs pratiques thérapeutiques. L’occasion de rencontrer en live Pepper, Paros, Leka, Lolo ou Nao. La journée s’intitule : « La robotique sociale au service de la relation d’aide”.

Capture d’écran 2019-06-01 à 15.54.42

L’amour d’air au Japon (revue Gradhiva n°29)

amour air-Gradhiva29

La revue d’anthropologie Gradhiva (publiée par le Musée du Quai Branly) vient de sortir son numéro 29 consacré à Philip K. Dick et aux réalités parallèles. Dirigé par Pierre Déléage et Emmanuel Grimaud, le numéro s’intitule ESTRANGEMENTAL. En couverture : une surface de miroir argenté, dans laquelle on se reflète. J’y publie un article : “L’amour d’air au Japon. Rituels de rencontre avec des voix venues d’ailleurs”, illustré par Manabu Koga, génial photographe japonais spécialisé dans les jolies filles en apnée dans des fonds de piscine, flottant dans des tenues de science fiction qu’il retouche et transforme parfois en cuirasses cyberpunk (Merci à Zaven Paré de m’avoir fait découvrir ce photographe).

A noter : la revue Gradhiva 29 publie une nouvelle inédite en français de Philip K. Dick.

Résumé de l’article : Au Japon, les simulacres affectifs se multiplient sous la forme d’amante numérique, de boyfriend téléchargeable ou de copine interactive, programmés pour reproduire les mimiques de la séduction sur un écran de poche (smartphone ou console sans fil). L’attachement aux personnages fictifs porte le nom d’ « air amour » (ea ren’ai), par allusion à l’air guitar. Humour révélateur de ce que les consommateurs, hommes et femmes, font de ces jeux au Japon : des outils pour signifier le refus d’un monde ironiquement appelé « l’espace en 3D » (sanjigen no kûkan), c’est-à-dire « l’ici-bas ». La pratique de l’air amour (ea ren’ai) s’inscrit de fait dans une logique d’interaction avec l’invisible. Il s’agit de convoquer un être, en détournant les rituels de rencontre amoureuse au profit d’une scénographie dont les formes, hyper-codifiées, fournissent la mise en signes ostentatoire de ce que les adeptes des jeux nomment eux-mêmes « la fuite de la réalité ».

 

 

Peut-on tomber amoureux sans dire un mot ?

Il existe actuellement une tendance croissante à s’appuyer sur des algorithmes pour trouver l’âme-soeur. Cette tendance avance masquée en Occident: comme Marie Bergtröm l’explique de façon lumineuse dans Les Nouvelles lois de l’amour, les créateurs de sites de rencontre ont tout intérêt à préserver le mythe de l’amour qui tombe au hasard et à nier l’existence de logiciels programmés pour créer des “matchs”. Bien sûr, personne n’est dupe (à part quelques naïfs) : les sites de rencontre ne fonctionnent pas en mode aléatoire. Ils mettent les utilisateurs en relation avec des utilisatrices suivant de savants calculs d’affinités. Les logiciels qui font ces calculs ne font d’ailleurs jamais que trier les prétendant-es suivant une logique identique à celle qui prévaut dans la « vraie vie » : la sélection reproduit de façon « conforme” celle que les hommes et les femmes effectuent dans la société (sélection par niveau socio-professionnel et par origine culturelle, notamment).

Au Japon, il est frappant de constater que les nouvelles générations se reposent, elles aussi, de plus en plus sur des systèmes numériques qui jouent le rôle d’intermédiaire dans leurs relations sentimentales. Mais ce besoin prend des formes qui peuvent sembler choquantes : les utilisateurs s’en remettent ostensiblement aux machines pour faire le premier pas à leur place. C’était le thème central de ma conférence lors de la journée d’étude “Affective Responses to New Technologies”, organisée par le projet de recherche EMTECH à L’Université Libre de Berlin, samedi 11 mai 2019. Mon intervention s’intitulait : « Digital Matchmaking Systems in Japan: Can You Fall in Love Without Expressing Yourself?”. Les autres intervenants étaient : Carman Ng (Universität Bremen, Allemagne), Elena Giannoulis, Berthold Frommann (Freie Universität Berlin, Allemagne), Duygu Pir (SOAS University of London, UK) et Yuefang Zhou (Universität Potsdam, Allemagne).

2.robokon

 

Appel à contributions pour un colloque sur “L’Attachement émotionnel aux machines”

Le premier colloque international organisé par le groupe EMTECH portera sur mon axe de recherche et aura lieu à Berlin les 25 et 26 octobre 2019.

Titre : L’Attachement émotionnel aux machines : nouvelles façons de créer des liens au Japon

Argumentaire (résumé) : Au Japon, un nombre croissant d’interfaces issues des Technologies de l’Information et de la Communication (TC) sont spécifiquement conçues pour favoriser l’attachement : les robots émotionnels, les épouses holographiques, les petits amis à télécharger et les partenaires en réalité augmentée sont commercialisés à des prix toujours plus attractifs. L’attrait qu’ils exercent est tel qu’une frange non-négligeable de consommateurs affirme préférer ces formes de vie artificielles aux humains de chair et d’os. Défiant le stigmate qui frappe les amateurs de « mondes artificiels », ces hommes et ces femmes vont jusqu’à « épouser » publiquement leur personnage en « 2D » préféré lors de cérémonies de mariage simulé au cours desquelles ils et elles échangent des bagues et signent des faux contrats de mariage avec leur bien-aimé-e de fiction. L’industrie du jeu vidéo participe largement à l’essor de ce marché « de l’amour illusoire » (mōsō ren’ai) et, bien qu’il s’agisse d’un marché de niche, elle cible maintenant le grand public. Avec la prolifération d’appareils électroniques toujours plus innovants, ce phénomène d’attachement aux créatures artificielles est appelé à se développer davantage au Japon, ainsi que dans le monde. Comment ces nouvelles façons de créer du lien peuvent-elles être comprises et expliquées ?

6133aed5183cea142a846cb9fb3b1408

Ce colloque international et interdisciplinaire s’intéressera à la manière dont l’être humain établit des relations intimes avec des « entités numériques émotionnellement intelligentes » (robots, hologrammes, etc.) et aux raisons pour lesquelles il s’engage dans une histoire avec elles. Suivant quelle logique ? Le fait-il par confort, en vue de s’épargner les vicissitudes d’une vie en compagnie des humains, ou dans un autre but ? L’un des objectifs du colloque sera d’élargir et d’ouvrir l’analyse du phénomène, afin d’éclairer la nature de l’« attachement artificiel » sous des formes moins naïves que celles qui contribuent toujours à faire débat. Les technologies qui favorisent des connexions émotionnelles entre humains et créatures numériques sont en effet perçues comme une menace. Et cela d’autant plus lorsqu’elles s’appuient sur la « simulation » (un mot que l’on confond souvent avec mensonge, tromperie ou fraude). Ces technologies sont fortement soupçonnées de porter atteinte à l’identité sexuelle des humains ou de menacer les liens sociaux.
L’impact de ces technologies sur les structures traditionnelles de la famille et de la société sera également exploré. Les relations intimes avec des machines favorisent-elles la désaffection pour des contacts « dans la vraie vie »  avec de vraies personnes ? Ces relations sont-elles facteur d’isolement ou, au contraire, de soutien social ?

D’autres questions seront abordées : quel est le profil des personnes qui investissent du temps et de l’énergie dans des relations romantiques avec des créatures numériques ? Comment se perçoivent-elles, comment s’identifient-elles et interagissent-elles en société ? Suivant quelles stratégies commerciales les fabricants d’interfaces émotionnelles (jeux vidéo, logiciels, gadgets électroniques, robots, etc) mettent-ils au point leurs produits et leurs campagnes ? Quelles règles président à la fabrication des entités les plus populaires (aimables) ?
Pour finir, le colloque portera aussi sur l’étude des technologies qui facilitent les relations entre humains, telles que les technologies de la réalité virtuelle.

Date-limite de soumission des propositions : 14 juin 2019. Réponse : 14 juillet 2019.

Entretien dans “Huit regards sur le sexe”

Capture d’écran 2019-04-05 à 20.37.41Bientôt en librairie : un entretien de 22 pages sur l’amour et le sexe au Japon dans “Huit regards sur le sexe”, un ouvrage qui rassemble des « spécialistes de littérature, d’histoire, du monde de l’art, de celui de la criminalité, de psychanalyse ou encore d’anthropologie« .
Y participent, entre autres : Sylvie Steinberg, Philippe Combessie et Nathalie Bajos.
J’en profite pour parler de mes dernières recherches :«En février 2019, une agence matrimoniale au Japon propose à des hommes et femmes de nouer des liens sans échanger un seul mot.»
.
“Huit regards sur le sexe”, de Xavier Delacroix, photos d’Alain Mandel, Paris, éditions Cent mille milliards, 250 pages. Sortie le : 15 avril 2019.

J’intègre l’équipe de recherche EMTECH, à Berlin

fu-logo-1x-2e301182ca3c9a45ae34adf6dca8b6ba
Depuis le 19 mars 2019, me voilà chercheuse postdoctorale au sein du projet européen EMTECH, à l’Université libre de Berlin (Freie Universität Berlin). Ma recherche sur les amoureux numériques et sur les interfaces de rencontre au Japon constitue un des trois axes du projet, qui s’achèvera en juillet 2022. Ce projet s’intitule : « Emotional Machines: The Technological Transformation of Intimacy in Japan ».
Il est dirigé par Elena Giannoulis, qui travaille en tandem avec Berthold Frommann sur un logiciel de reconnaissance physiologique des émotions.
L’équipe est complétée par une chercheuse japonaise, Hiromi Shirai 白井宏美 qui étudie les interactions du robot Pepper avec des familles résidant à Tôkyô.