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Dimanche 23 juin : Art brut et contre-culture

Capture d’écran 2013-06-13 à 23.38.33Dimanche 23 juin, à 11h, j’interviens dans le cadre du colloque organisé par la Halle Saint Pierre, Le Collège International de Philosophie, et abcd (art brut connaissance & diffusion).

Ce colloque fait partie du Festival de l’Imaginaire et aura lieu à la Maison des Cultures du monde, avec la participation du célèbre photographe et éditeur Kyoichi Tsuzuki, ainsi que de Rena Kano (critique d’art, historienne de l’art), Philippe Pelletier (géographe, spécialiste du Japon à l’Université Lyon 2), Anne Millerand (médecin, auteur de thèse La modernisation de la médecine japonaise d’Edo à Meiji), Lucienne Peiry (directrice de la Collection de l’art brut de Lausanne), Yoshiko Hata, (directrice artistique du Borderless Art Museum NO-MA), Martine Lusardy (directrice de la Halle Saint Pierre) et Barbara Safarova (directrice de programme au CIPh, présidente d’association abcd).

Ma conférence, qui suit immédiatement celle de Philippe Pelletier (consacrée au concept de l’île), portera sur « La notion d’esthétique émotionnelle au Japon ». Après quoi, Kyoichi Tsuzuki abordera le « Japon insolite », suivi par Anne Millerand qui expliquera en quoi la médecine japonaise de l’époque Edo a survécu au choc de la rencontre avec les Occidentaux… Suivi par… Il y aura en tout six conférences. Ce sera en libre accès. Et ça parlera d’art, mais aussi de contestation, de sexe et de spiritualité.

La notion d’esthétique émotionnelle au Japon
L’écrivain Natsume Sôseki aurait un jour traduit l’expression « je t’aime » par la phrase  « La lune est belle » (« Tsuki ga kirei desu ne »). Que l’anecdote soit vrai ou pas, elle est en tout cas révélatrice de l’importance accordée à la qualité esthétique du vécu émotionnel : dans la culture japonaise, il en est de l’amour comme d’une œuvre d’art. C’est une expérience du beau, dont on mesure l’intensité avec des mots qui servent d’habitude à parler de poèmes, de visions ou de mélodies bouleversantes. On ne dit pas « l’amour », au Japon. On le vit. On le fait. On le ressent, suivant des codes particuliers qui attribuent aux perceptions plus de valeur qu’à la raison.

Maison des Cultures du Monde : 101 Boulevard Raspail  – 75006 Paris
Métro : Saint-Placide / Notre-Dame-des-Champs
Entrée libre sur réservation : 01 42 58 72 89

Le porno japonais sur France Culture

Le porno se mondialise-t-il, en imposant une norme sexuelle unique ? Non. Mardi 5 février, entre 11h et 11h50, j’intervenais en direct dans l’émission radio CulturesMonde qui se trouve ici en podcast, (sur France Culture) pour parler de l’industrie pornographique au Japon comparée à celle de la France ou des USA… Pendant plusieurs jours d’affilée, l’émission CulturesMonde consacre une série au « business du X à travers le monde », plus précisément aux différences culturelles de contenus mais aussi aux formes spécifiques que prend l’image du sexe suivant les pays où sont produites les vidéos X.

Invitée culturelle du JT sur la TSR

Mardi 22 janvier 2013, Laurent Huguenin-Elie et Catherine Sommer, les animateurs du Journal Télévisé de la TSR (chaîne suisse), consacrent  leur chronique culturelle du jour aux Histoires d’amour au Japon. L’occasion d’écouter Philippe Neeser, grand maître de thé décoré de l’Ordre japonais du Soleil Levant avec rayons d’or, raconter avec des mots choisis la première danse d’amour d’Izanagi et d’Izanami, dont les corps possédaient respectivement un « relief » et  un « creux »… Philippe Neeser est à ce jour le seul non Japonais à avoir été autorisé à servir le thé au Grand Bouddha du Tôdai-ji 東大寺 de Nara. C’est dire s’il maîtrise la notion d’amour, car il en faut beaucoup pour mettre les hommes en harmonie avec les dieux par le seul moyen… d’une eau chaude. Il est aussi question de Nagisa Oshima, qui nous a quitté à l’âge de 80 ans, et de son film L’Empire des sens…

9 fév, table ronde sur l’érotisme à la FNAC

Le samedi 9 février à 16h, la FNAC Montparnasse organise une table ronde sur l’érotisme, animée par David Abiker, avec Octavie Delvaux pour son livre « Sex in the kitchen » (La Musardine) + Camille pour « Sexe Libris –  Dictionnaires rock, historique et politique du sexe » (Don Quichotte) + Stéphane Rose, éditeur à la Musardine + moi. J’y mettrai donc un grain de sel japonais.

Fnac Montparnasse : 136 rue de Rennes, 75006 Paris.

16 fév, conférence à Japan Impact

4500 personnes étaient venues à l’édition 2012… Pour sa cinquième édition, du 15 au 17 fév., le festival Japan Impact, consacrée à la culture japonaise (anime, manga, cosplay, rock japonais et animations d’arts traditionnels) espère bien battre le record. »Le but de notre convention est de présenter toutes les facettes possibles de la culture japonaise et d’en montrer la richesse, explique Thomas Cibils, organisateur. La conception de l’amour au Japon étant clairement une partie importante de cette culture, nous sommes heureux de pouvoir vous accueillir pour présenter le sujet. »

J’y fais une conférence le samedi 16 février, entre 17h30 et 18h30.

Infos pratiques : la convention a lieu à Lausanne (Suisse), à l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne, dans le bâtiment centre-est.

Des Mots de Minuit

Mercredi 19 décembre, je passais en plateau dans l’émission Des Mots de Minuit, présentée par Philippe Lefait. Pendant les 20 premières minutes de cette émission, en compagnie de Céline Curiol, écrivaine (auteure du très beau roman, L’ardeur des pierres, chez Actes Sud), il a donc été donc question de pourquoi les Japonais « dressent des pierres » pour dire qu’ils « font des jardins », ou « dressent des fleurs » pour dire qu’ils font de l’ikebana. Peut-on voir dans ce mouvement d’ascension la même infatigable ardeur qui anime les manifestations du coeur au Japon ?

Des Mots de Minuit, à minuit vingt-cinq sur France 2. L’émission est mise en ligne sur internet, mais le site bloque les vidéos quant on veut les regarder d’un pays étranger.

Rendez-vous Media avec l’amour au Japon

RADIO
«Ascolta la radio» (samedi 27 avril 2013). Sur les ondes italo-suisses de la Rete Uno, Feo Del Maffeo me laisse parler pendant 10 mn dans son émission culturelle de l’amour au Japon, donc ça parlera aussi un peu de sexe. Ma voix est doublée en Italien. De 15h48 à 16h. Le podcast sera en ligne à partir de lundi 29 avril.
Detours (22 mars 2013). En direct dans l’émission de Madeleine Caboche, consacrée au voyage… qu’il soit spatial ou intérieur. De 13h00 à 14h00. Ici en podcast (ça prend 1 mn à télécharger).
Bang Bang (15 fév 2013) : au micro avec Charline Cauchie, dans l’émission belge qui secoue - »le magazine des genres« , sur PureFM- pour parler de l’histoire du Japon au prisme de sa curieuse attirance pour le troisième sexe. Pas de podcast hélas.
CulturesMonde (5 fév: 2013) : 50 mn d’interview en direct sur France Culture, sur la pornographie au Japon, comparée à la pornographie en France ou aux USA… L’émission CulturesMonde consacre une série au « business du X à travers le monde », plus précisément sur les différences culturelles de contenus mais aussi les formes spécifiques que prend l’industrie du sexe suivant le pays. Entre 11h et 11h50. En podcast ici.
Nouvelle Internationale (15 janv.), présentée par Linda Lorin et Thierry Paret. De 8h20 à 8h30. Malgré ce qu’ils ont gentiment appelé ma « panne d’oreiller », les animateurs m’ont accordé une intv par téléphone. Honte. Shazai. Le podcast est ici.
Foglio Volante (9 janvier 2013) : podcast à écouter à partir de la minute 17’05″. Interview sur RSI, Rete due, la radio suisse-italienne  par Pierre Lepori, journaliste spécialisé dans l’histoire du théâtre et éditeur de la revue Hétérographe. Il traduit en Italien par-dessus ma voix.
Tanizaki, l’emprise des sens (15 décembre) : émission d’une heure sur le thème du fétichisme dans l’oeuvre de Tanizaki, sur France Culture. Je fais partie des intervenants, aux côtés, notamment, de Jacqueline Pigeot. Emission produite et réalisée par Michel Pomarède. De 16h à 17h.
Le Bronx (7 dec)  : interview sur Couleur 3 (radio suisse), de 11h15 à 11h45.
La One team (5 déc.) : en direct sur One FM, avec Judith, Laurent et Felix qui « sont 3 comme les 5 doigts de la main », entre 8h10 et 8h30. En podcast ici.
Les Matinales (3 dec) : interview sur Espace 2 (radio suisse) par Francesco Biamonte, dans une émission produite par Florence Grivel. De 8h20 à 8h35. Le podcast est ici.
Le Grand entretien (vendredi 30 nov.) : une heure d’entretien sur Espace 2 (radio suisse) avec la journaliste et productrice de l’émission Laurence Difélix sur le thème de l’amour au Japon. De 9h à 10h. En podcast ici.
Un autre jour est possible (jeudi 29 nov) : entretien de 10 mn. sur France Culture, avec Tewfik Hakem. Vers 6h30. Le podcast est ici (cliquer à partir de la 20e minute).
Vertigo
sur La Première (mardi 20 nov 2012) : en direct sur la TSR (radio suisse), dans l’émission culturelle produite par Pierre-Philippe Cadert, de 16h30 à 17h30. Le Podcast est ici.
La matinale du Mouv’ à Radio France (lundi 19 nov.) : invitée du plateau animé par Jean-Mathieu Perrin, de 8h45 à 8h55.

PRESSE ECRITE
Hétérographe 9 (printemps 2013) : La « revue des homolittératures ou pas », fondée par Pierre Lepori, consacre son numéro 9 aux Femminielli de Naples et au Japon, entre deux textes inédits d’auteurs sulfureux (l’auteur pédophile Tony Duvert qui fut retrouvé mort dans un état de décomposition avancé alors qu’il vivait en reclus paranoiaque dans la maison de sa mère décédée, l’écrivain constestataire Giovanni Testori -auteur de la nouvelle Rocco et ses frères- qui voulait « mettre l’apocalypse dans les mots »).
Mémoire des Arts (mars-avril 2013) : chronique du livre.
La Tribune de Genève (sam. 15 déc. 2012) : Etienne Dumont, journaliste spécialisé art (et blogeur effervescent), consacre au livre une double-page presque entière. Une version plus grande est ici.
Grazia (14-20 dec) : presque une pleine page magnifiquement illustrée par Yuko Shimizu. « Les montagnes ? coït ! Les mers ? coït ! Les étoiles ? coït ! Contempler un paysage prend une autre saveur après ça. Avec une iconographie délirante, on comprend enfin pourqzoi les herbes agitées par le vent symbolisent le désir, comment se consolent les fiancées des kamikazes ou encore pourquoi, oui, pourquoi le bruit du battoir à linge est si romantique« . PDF ici.
L’Hebdo (13-19 dec) : 4 pages consacrées au livre dans la rubrique Passion. Cinq histoires d’amour sélectionnées et décryptées par Julien Burri.
VSD (13-19 dec) : chronique livre
Causette (mois de déc.) : Chronique livre. « Après trois livres consacrés au rapport entre le sexe et le sacré, voici maintenant qu’elle parle d’amour… Ou plutôt non. Elle n’en parle pas, car le concept d’amour n’existe pas au Japon. »
Femina (dimanche 2 déc) : un portrait dans la rubrique Chez Vous, signé Florence Schmidt.
L’Indépendant (1er déc.) : chronique livre.
La libre Belgique (26 nov.) : Chronique livre.
Télérama
(semaine du 1er au 7 déc) : Les Histoires d’amour au Japon fait partie de la sélection des beaux-livres à offrir pour Noël.
Le Temps (vend. 2 nov 2012) : portrait en quatrième de couverture.
Sensuelle (n° de décembre) : chronique livre. « Agnès Giard en aura-t-elle fini avec le Japon ? (…) Elle revient avec Les Histoires d’amour au Japon, magnifique ouvrage de 512 pages à la croisée du beau livre, de l’essai et de l’écrit initiatique. (…) Elle nous laisse avec la sensation étrange et délicieuse d’avoir tout compris… d’un mystère qui reste intact« .

TELEVISION
Téléjournal, à 12h45 (22 janv. 2013) : invitée-plateau au journal de la TV suisse romande.l.
Des mots de minuit (19 déc. 2012) : en plateau, avec le délicat et gracieux Philippe Lefait, sur le thème de la Curiosité japonaise. En compagnie de Céline Curiol.
La Puce à l’oreille (18 oct. 2012) : émission d’une heure sur la télévision suisse romande, en compagnie de Dave (qui coupe beaucoup la parole aux gens, en vraie bête de scène qu’il est). Emission animée par une autre bête de scène : Iris Jimenez.

SITES INTERNET
La Lucarne : un article de Nicolas Tessé. « Les histoires d’amour au Japon se lit, et se consulte comme une anthologie, un recueil de poème où un glossaire : les possibilités d’entrées de lecture qu’il offre sont indénombrables. Le cheminement de l’auteure n’a en fait pas grand-chose de linéaire. Agnès Giard tente (…) de nous laisser nous-même explorer les méandres de la culture qu’elle nous laisse voir, dans son authenticité la plus informelle. Elle biaise le plus possible, en vue de garantir une approche exhaustive de son objet d’étude. »
Madmoizelle : un article de Laetitia Hébert.
Citazine : un article de Dorothée Duchemin.
Nova Planet : Jean Rouzaud chronique le livre sur le thème de « la passion contrariée comme multiplicateur de sens ».
Ecrire à Mille, blog littéraire (Le Monde) : Dunia Miralles, auteure de Swiss trash et du tout nouveau-né Fille Facile, était à la conférence donnée à Humus, le 14 déc. 2012.
Sexpress (1er déc.) : Dans un article, publié sur le site de L’Express, et intitulé « Quel est le point commun entre l’amour et les nouilles instantanées ?« , Camille aborde la notion japonaise de l’amour, ou plutôt du « Koi ».
Rue 89 : a sélectionné le livre dans « les livres à offrir pour bien finir 2012″. L‘article est ici.
Le Nouvel Observateur : Marjorie Alessandrini consacre sur son blog « Impressions d’Asie » une critique livre aux Histoires d’amour, sous le titre : « Contes cruels de l’Eros nippon« .
Une autre histoire : David Fournol écrit sur le blog d’une association pour la promotion des arts visuels.
La Provence : Laura Crevel-Floyd chronique le livre. « Plongée dans le Nihon no kokoro« .

 

L’amour, le Japon: finir 2012 en beauté

Ca y est. Le 21  novembre,  Les Histoires d’amour au Japon. Des mythes fondateurs aux fables contemporaines (éd Glénat-Drugstore) sort enfin en librairie, tout beau tout neuf pour fêter Noël 2012. Pour fêter cette sortie tant attendue, je fais une conférence intitulée « Ici, l’amour n’existe pas« , sur cette notion que les Japonais nomment le koi et qui regroupe toutes les manifestations physiologiques du désir, du manque, ainsi que des notions plus abstraites comme l’appel du vide…

 

 

Samedi 8 déc. 2012
Au Japon, l’amour n’existe pas… Conférence.
Horaires : 16h-18h.
Librairie Rameau d’or : 17, boulevard Georges-Favon, 1204 Genève, Suisse.

Vendredi 14 déc. 2012
Si ce n’est pas l’amour, au Japon, qu’est-ce que c’est ? Conférence.
Horaires : 17h30-19h.
Librairie Humus 18bis rue des terreaux, 1003 Lausanne, Suisse.

Les histoires d’amour au Japon

Initialement prévu pour fin 2011, mon livre sera en librairie le 21 novembre 2012, « parce que Noël reste la meilleure période pour lancer un livre sur l’amour. »

Ainsi aboutissent bientôt deux ans de travail acharné, dont 7 mois passés au Japon (Villa Kujoyama) avec le soutien de l’Institut Français.

Il s’agissait au départ de recenser les 100 histoires d’amour les plus connues et surtout les plus représentatives de ce pays, afin de comprendre pourquoi, dans ce pays qui semble placer l’émotion bien au-dessus de la raison, l’amour est important au point que les plus célèbres héros-héroines du coeur se voient dédier des sanctuaires shintô presque aussi populaires que des parcs d’attraction… Dans les livres sacrés qui racontent la Genèse, tout commence par une histoire d’amour : au Japon, le monde n’est pas créé par un dieu unique. Il est procréé par deux divinités, « la femelle qui invite » et « le mâle qui invite », dont les étreintes frénétiques donnent naissance à tout ce qui existe sur terre.

Les astres eux-mêmes sont amoureux : au Japon, l’équivalent de la Saint Valentin se nomme Tanabata matsuri, « la fête des étoiles ». Détail révélateur : le Japon fait partie des rares pays au monde qui a fait de cette fête un jour férié. Ce jour-là, exceptionnellement, les gens ne travaillent pas, afin de célébrer les retrouvailles entre l’étoile d’Altair et l’étoile de Vega qui, une fois par an (une fois seulement), peuvent s’unir sur la voie lactée.

Bien qu’il soit en apparence occulté, mis au silence, voire nié, l’amour occupe donc une place prépondérante dans cette culture qui a fait de l’ishin denshin (la « transmission de coeur à coeur ») un modèle de communication idéale. On ne dit pas « Je t’aime » au Japon. On dit « La lune est belle », s’il faut en croire cette célèbre traduction attribuée à Natsume Sôseki… Dès l’apparition de l’écriture au Japon, les poèmes d’amour occupent la place centrale : dans le Man’yôshû, la première grande anthologie de poésie japonaise, l’amour (désigné sous le nom de sômonka, c’est à dire « l’échange de poèmes ») constitue un des plus importants sujets d’inspiration. Le thème des quatre saisons n’apparaît, progressivement que dans les volumes 8 et 10 de ce recueil gigantesque de 10 000 poèmes.

Au début du 10e siècle, dans le Kokinshû (la deuxième grande anthologie impériale), les quatre saisons deviennent un sujet majeur, à égalité avec l’amour. Mais les allusions aux fleurs ou à la neige apparaissent bien souvent comme un moyen détourné d’exprimer ses sentiments : parlant des grillons qui stridulent, des grues solitaires et des nuages qui frottent leur ventre aux cîmes brumeuses des montagnes, les poètes ne font jamais que se déclarer, avec la même émouvante pudeur qui fait dire aux adolescentes du 21e siècle : « Ie » (« Dis-le »), car elles préfèrent que leur petit copain fasse l’aveu le premier… Ce qu’il se refuse à faire bien sûr, en rougissant de telle manière que les mots deviennent inutiles. On ne dit pas « Je t’aime ». On ne parle pas non plus d’amour au Japon, car le mot amour, d’importation occidentale, ne permet pas de désigner correctement la façon dont les histoires de coeur se vivent dans ce pays du non-dit.

C’est donc pour essayer de percer le mystère que j’ai écrit mon livre. Et aussi pour y voir plus clair dans les affirmations de mes différents interlocuteurs : « L’amour n’existe pas chez nous, vous savez. Vous avez mal choisi le titre de votre ouvrage« . « Chez nous, l’amour est mille fois plus fort que chez vous, vous savez. Mais nous l’appelons autrement« . Anthropologue, musicien de biwa, historien, peintre, philosophe, acteur de , fabriquant de bols raku, journaliste… Tous les Japonais à qui j’ai demandé de me décrypter une histoire d’amour m’ont permis de saisir, par petites touches, des morceaux de cette conception si particulière qu’ils se font du monde et du destin humain.

Mon ouvrage n’est donc pas une anthologie, bien qu’il recense 100 histoires d’amour japonaises, ni un livre d’art, bien qu’il ait été réalisé en collaboration avec vingt artistes contemporains japonais, mais une tentative de comprendre mieux le Japon à travers ce qui fait de ce pays en apparence si dynamique la patrie du sentimentalisme éperdu. Le coeur, c’est le talon d’Achille du Japon. C’est là qu’il se dévoile sous ses aspects les plus cruellement noirs, violents, sensuels mais aussi les plus éthérés, lumineux, éclatants.

Les histoires d’amour au Japon. Des mythes fondateurs aux fables contemporaines

Ed. Drugstore / Collection: Beaux Livres / 190 x 248 mm / 512 pages / Cartonné / Prix: 49 €

Un nouveau projet de livre

Cet été, sans attendre la sortie des Histoires d’amour au Japon, je m’occupe d’un nouveau projet, sous l’égide du Tokyo Wonder Site, une institution japonaise qui accorde des résidences aux artistes japonais et étrangers dans le but de stimuler les échanges culturels. Mon projet porte sur les « Poupées fatales » au Japon, plus précisément sur la facon dont les Japonais investissent les objets anthropomorphiques de significations inquiétantes.

Le TWS m’a accordé un mois et demi (aout-sept) de résidence dans l’immeuble ultra-moderne Aoyama TWS, situé entre Shibuya et Harajuku. J’ai eu la chance de partager cette résidence avec  Tomoko Hayashi, une créatrice issue du Media Lab Europe (partenaire du célèbre MIT américain). Elle a co-créé avec deux autres artistes le Mitsugoto, une installation permettant à des amants de rester unis par-delà l’espace à l’aide d’une système d’éclairage synchronisé. Se caressant l’un l’autre à l’aide de lumière, ils peuvent ainsi combler le manque en tracant sur les draps les contours de caresses impalpables…

J’ai aussi pour voisine Gabriella Disler qui prend en photo les traces rémanentes de la vie humaine dans des buildings à l’abandon. Sa recherche s’inscrit en droite ligne de ce mouvement très en vogue au Japon actuellement et qui porte le nom de Haikyo. L’esthétique des ruines…