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Le stéréotype de la femme objet au Japon (revue Hermès n°83)

hermes-couvLe numéro 83 de la revue Hermès (publiée aux éditions CNRS) vient de sortir sur le thème « Stéréotypes, encore et toujours« , coordonné par Anne Lehmans et Vincent Liquète. J’y participe avec un article consacré aux love dolls.

Résumé de l’article. Il existe au Japon une industrie d’épouses en silicone formatées suivant les canons stéréotypés d’une beauté immature, puérile, voire stupide, ce qui n’est pas sans susciter un certain malaise, y compris au Japon. Les consommateurs de poupées, de fait, sont lourdement stigmatisés. Dans le contexte actuel du dépeuplement, ceux qui refusent de reproduire l’ordre social sont volontiers désignés comme coupables d’une situation dont ils sont en réalité les premières victimes et c’est peut-être pourquoi, non sans un brin d’ironie, ces hommes affirment préférer des « vierges synthétiques » (jinzô otome) aux « femmes de chair crue » (namami no josei). Ils veulent jouer, disent-ils. Sous entendu : jouer plutôt qu’imiter leurs parents, en fondant un foyer. Ce discours est souvent mal compris. Les médias, notamment, ont tendance à le prendre au premier degré. Dans la presse, ces consommateurs de simulacres sont régulièrement accusés d’être faibles, dénués de virilité. Ce qui m’amène à l’hypothèse suivante : serait-il possible que la poupée soit formatée à l’image d’une jolie fille stupide non pas pour reproduire des normes de genre mais pour les questionner ? Quelles stratégies président à l’élaboration et à l’usage de ces contrefaçons ? Quels détournements les poupées favorisent-elles, derrière des apparences si conformes aux standards culturels dominants ?

Référence. Giard, Agnès « Le stéréotype de la femme objet au Japon. Jouer à la poupée : jouer au mâle raté ? », in: Anne Lehmans et Vincent Liquète (ed.) Hermès n°83, « Les stéréotypes, encore et toujours », Paris, CNRS, 2019.

Mardi 4 juin: conférence à Lyon sur les robots faibles

Comment intégrer un robot à une équipe soignante ? Dans quelle mesure une machine peut-elle soutenir une personne malade, handicappée ou isolée ? L’ARFRIPS propose une journée de reflexion à des professionnels de l’acompagnement et du soin. La journée commence avec deux conférences : celle de Serge Tisseron (Empathie et intimité artificielles : quelles relations entre l’homme et la machine ?) à 9:15 puis la mienne (Des robots impuissants pour soigner l’humain ?) à 11:00. Durant l’après-midi, la parole sera donnée à des directeurs d’hôpitaux et des spécialistes du soin ayant intégré des machines à leurs équipes et à leurs pratiques thérapeutiques. L’occasion de rencontrer en live Pepper, Paros, Leka, Lolo ou Nao. La journée s’intitule : « La robotique sociale au service de la relation d’aide”.

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L’amour d’air au Japon (revue Gradhiva n°29)

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La revue d’anthropologie Gradhiva (publiée par le Musée du Quai Branly) vient de sortir son numéro 29 consacré à Philip K. Dick et aux réalités parallèles. Dirigé par Pierre Déléage et Emmanuel Grimaud, le numéro s’intitule ESTRANGEMENTAL. En couverture : une surface de miroir argenté, dans laquelle on se reflète. J’y publie un article : “L’amour d’air au Japon. Rituels de rencontre avec des voix venues d’ailleurs”, illustré par Manabu Koga, génial photographe japonais spécialisé dans les jolies filles en apnée dans des fonds de piscine, flottant dans des tenues de science fiction qu’il retouche et transforme parfois en cuirasses cyberpunk (Merci à Zaven Paré de m’avoir fait découvrir ce photographe).

A noter : la revue Gradhiva 29 publie une nouvelle inédite en français de Philip K. Dick.

Résumé de l’article : Au Japon, les simulacres affectifs se multiplient sous la forme d’amante numérique, de boyfriend téléchargeable ou de copine interactive, programmés pour reproduire les mimiques de la séduction sur un écran de poche (smartphone ou console sans fil). L’attachement aux personnages fictifs porte le nom d’ « air amour » (ea ren’ai), par allusion à l’air guitar. Humour révélateur de ce que les consommateurs, hommes et femmes, font de ces jeux au Japon : des outils pour signifier le refus d’un monde ironiquement appelé « l’espace en 3D » (sanjigen no kûkan), c’est-à-dire « l’ici-bas ». La pratique de l’air amour (ea ren’ai) s’inscrit de fait dans une logique d’interaction avec l’invisible. Il s’agit de convoquer un être, en détournant les rituels de rencontre amoureuse au profit d’une scénographie dont les formes, hyper-codifiées, fournissent la mise en signes ostentatoire de ce que les adeptes des jeux nomment eux-mêmes « la fuite de la réalité ».

 

 

Peut-on tomber amoureux sans dire un mot ?

Il existe actuellement une tendance croissante à s’appuyer sur des algorithmes pour trouver l’âme-soeur. Cette tendance avance masquée en Occident: comme Marie Bergtröm l’explique de façon lumineuse dans Les Nouvelles lois de l’amour, les créateurs de sites de rencontre ont tout intérêt à préserver le mythe de l’amour qui tombe au hasard et à nier l’existence de logiciels programmés pour créer des “matchs”. Bien sûr, personne n’est dupe (à part quelques naïfs) : les sites de rencontre ne fonctionnent pas en mode aléatoire. Ils mettent les utilisateurs en relation avec des utilisatrices suivant de savants calculs d’affinités. Les logiciels qui font ces calculs ne font d’ailleurs jamais que trier les prétendant-es suivant une logique identique à celle qui prévaut dans la « vraie vie » : la sélection reproduit de façon « conforme” celle que les hommes et les femmes effectuent dans la société (sélection par niveau socio-professionnel et par origine culturelle, notamment).

Au Japon, il est frappant de constater que les nouvelles générations se reposent, elles aussi, de plus en plus sur des systèmes numériques qui jouent le rôle d’intermédiaire dans leurs relations sentimentales. Mais ce besoin prend des formes qui peuvent sembler choquantes : les utilisateurs s’en remettent ostensiblement aux machines pour faire le premier pas à leur place. C’était le thème central de ma conférence lors de la journée d’étude “Affective Responses to New Technologies”, organisée par le projet de recherche EMTECH à L’Université Libre de Berlin, samedi 11 mai 2019. Mon intervention s’intitulait : « Digital Matchmaking Systems in Japan: Can You Fall in Love Without Expressing Yourself?”. Les autres intervenants étaient : Carman Ng (Universität Bremen, Allemagne), Elena Giannoulis, Berthold Frommann (Freie Universität Berlin, Allemagne), Duygu Pir (SOAS University of London, UK) et Yuefang Zhou (Universität Potsdam, Allemagne).

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Appel à contributions pour un colloque sur “L’Attachement émotionnel aux machines”

Le premier colloque international organisé par le groupe EMTECH portera sur mon axe de recherche et aura lieu à Berlin les 25 et 26 octobre 2019.

Titre : L’Attachement émotionnel aux machines : nouvelles façons de créer des liens au Japon

Argumentaire (résumé) : Au Japon, un nombre croissant d’interfaces issues des Technologies de l’Information et de la Communication (TC) sont spécifiquement conçues pour favoriser l’attachement : les robots émotionnels, les épouses holographiques, les petits amis à télécharger et les partenaires en réalité augmentée sont commercialisés à des prix toujours plus attractifs. L’attrait qu’ils exercent est tel qu’une frange non-négligeable de consommateurs affirme préférer ces formes de vie artificielles aux humains de chair et d’os. Défiant le stigmate qui frappe les amateurs de « mondes artificiels », ces hommes et ces femmes vont jusqu’à « épouser » publiquement leur personnage en « 2D » préféré lors de cérémonies de mariage simulé au cours desquelles ils et elles échangent des bagues et signent des faux contrats de mariage avec leur bien-aimé-e de fiction. L’industrie du jeu vidéo participe largement à l’essor de ce marché « de l’amour illusoire » (mōsō ren’ai) et, bien qu’il s’agisse d’un marché de niche, elle cible maintenant le grand public. Avec la prolifération d’appareils électroniques toujours plus innovants, ce phénomène d’attachement aux créatures artificielles est appelé à se développer davantage au Japon, ainsi que dans le monde. Comment ces nouvelles façons de créer du lien peuvent-elles être comprises et expliquées ?

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Ce colloque international et interdisciplinaire s’intéressera à la manière dont l’être humain établit des relations intimes avec des « entités numériques émotionnellement intelligentes » (robots, hologrammes, etc.) et aux raisons pour lesquelles il s’engage dans une histoire avec elles. Suivant quelle logique ? Le fait-il par confort, en vue de s’épargner les vicissitudes d’une vie en compagnie des humains, ou dans un autre but ? L’un des objectifs du colloque sera d’élargir et d’ouvrir l’analyse du phénomène, afin d’éclairer la nature de l’« attachement artificiel » sous des formes moins naïves que celles qui contribuent toujours à faire débat. Les technologies qui favorisent des connexions émotionnelles entre humains et créatures numériques sont en effet perçues comme une menace. Et cela d’autant plus lorsqu’elles s’appuient sur la « simulation » (un mot que l’on confond souvent avec mensonge, tromperie ou fraude). Ces technologies sont fortement soupçonnées de porter atteinte à l’identité sexuelle des humains ou de menacer les liens sociaux.
L’impact de ces technologies sur les structures traditionnelles de la famille et de la société sera également exploré. Les relations intimes avec des machines favorisent-elles la désaffection pour des contacts « dans la vraie vie »  avec de vraies personnes ? Ces relations sont-elles facteur d’isolement ou, au contraire, de soutien social ?

D’autres questions seront abordées : quel est le profil des personnes qui investissent du temps et de l’énergie dans des relations romantiques avec des créatures numériques ? Comment se perçoivent-elles, comment s’identifient-elles et interagissent-elles en société ? Suivant quelles stratégies commerciales les fabricants d’interfaces émotionnelles (jeux vidéo, logiciels, gadgets électroniques, robots, etc) mettent-ils au point leurs produits et leurs campagnes ? Quelles règles président à la fabrication des entités les plus populaires (aimables) ?
Pour finir, le colloque portera aussi sur l’étude des technologies qui facilitent les relations entre humains, telles que les technologies de la réalité virtuelle.

Date-limite de soumission des propositions : 14 juin 2019. Réponse : 14 juillet 2019.

Entretien dans “Huit regards sur le sexe”

Capture d’écran 2019-04-05 à 20.37.41Bientôt en librairie : un entretien de 22 pages sur l’amour et le sexe au Japon dans “Huit regards sur le sexe”, un ouvrage qui rassemble des « spécialistes de littérature, d’histoire, du monde de l’art, de celui de la criminalité, de psychanalyse ou encore d’anthropologie« .
Y participent, entre autres : Sylvie Steinberg, Philippe Combessie et Nathalie Bajos.
J’en profite pour parler de mes dernières recherches :«En février 2019, une agence matrimoniale au Japon propose à des hommes et femmes de nouer des liens sans échanger un seul mot.»
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“Huit regards sur le sexe”, de Xavier Delacroix, photos d’Alain Mandel, Paris, éditions Cent mille milliards, 250 pages. Sortie le : 15 avril 2019.

J’intègre l’équipe de recherche EMTECH, à Berlin

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Depuis le 19 mars 2019, me voilà chercheuse postdoctorale au sein du projet européen EMTECH, à l’Université libre de Berlin (Freie Universität Berlin). Ma recherche sur les amoureux numériques et sur les interfaces de rencontre au Japon constitue un des trois axes du projet, qui s’achèvera en juillet 2022. Ce projet s’intitule : « Emotional Machines: The Technological Transformation of Intimacy in Japan ».
Il est dirigé par Elena Giannoulis, qui travaille en tandem avec Berthold Frommann sur un logiciel de reconnaissance physiologique des émotions.
L’équipe est complétée par une chercheuse japonaise, Hiromi Shirai 白井宏美 qui étudie les interactions du robot Pepper avec des familles résidant à Tôkyô.

Les otome games : des jeux machistes?

Parfois « les personnages masculins peuvent être transformés en soubrette mâle, en chat femelle ou en prostituée de l’époque Edo« . Je suis interviewée sur les otome games (jeux de simulation amoureuse pour femmes) par La Tribune de Genève. L’article aborde notamment la question de savoir pourquoi les personnages féminins sont si passifs dans ces jeux… Faut-il y voir une forme de machisme ? Titre de l’article : « Un amoureux virtuel dans votre smartphone« . Date de publication : 10 février 2019.

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2 février: conférence Université de Kyôto

1.GIARD_DUMOUCHEL-724x1024Le samedi 2 février 2019, à l’Université de Kyôto (Graduate school of Human & Environmental Studies), je participe à la journée d’étude “Living with Robots and Dolls” organisée par MATSUMOTO Takuya et Nicolas Tajan. Le philosophe Paul Dumouchel (Ritsumeikan University) parlera des robots. Je rebondirai en seconde partie en abordant l’idée qu’il existe un continuum entre les love dolls et les robots de compagnie.

Date: February 2 (Sat), 15:00-18:00. Place: Kyoto University Graduate School of Human & Environmental Studies, Yoshida South Campus Building 89 Room 333

 

La puissance d’imagination érotique

La revue japonaise Courrier publie aujourd’hui une traduction de l’article que j’avais écrit pour Le Nouvel Observateur (hors-série spécial Pornographie) intitulé « Des estampes érotiques aux vidéos de sperme : Japon, pays de tous les désordres ? ». Ce qui donne : « Nippon, sore wa erotikkuna sôzôryoku ga bekkaku no kuni » (Le Japon, ce pays que la puissance d’imagination érotique rend si singulier »). Amusante transformation !

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